C'est dur de lâcher ça un lundi matin mais "Super Nopal" aime jeter des pavés dans les mares:
La plante d’intérieur n’existe pas. Mettre une plante en pot, c’est la couper du sol.
La séparer de son écosystème, la rendre dépendante.
On contrôle l’eau.
On contrôle la lumière.
On contrôle la croissance, bref, on contrôle, et ça nous les humains on aime bien, je dirais même que c'est le sport préféré des bipèdes glabres et (dé?)connectés.
Le pot est pratique.
Le pot est esthétique.
Le pot est rassurant.
Mais il est aussi un symbole : celui d’une nature affaiblie, domestiquée, contenue.
Et nous dans tout ça?
Sommes nous des humains d’intérieur… ou d’extérieur ?
Aujourd’hui le constat est clair, nous sommes dans l'ensemble devenus des humains d’intérieur, des humains "tapis de sol", "clics-clacs" en kit et scrolleurs invertébrés.
Nous vivons sous lumière artificielle. Nous travaillons assis. Nous sortons peu et chopons tous les parasites qui passent à portée de clic.
Les conséquences sont nombreuses et connues : Déficit massif en vitamine D, Douleurs dorsales et variées, sédentarité, obésité, dépression saisonnière, (et on ne parle pas du cyberharcèlement ni des taux de suicides qui explosent chez les jeunes depuis que tout ce petit réseau fonctionne à pleins tubes).
Super Nopal assiste à tout ça et se dit que c'est quand même bien étrange d'observer une espèce qui se mutile à ce point sans que cela soit pour un impératif de survie, puisque lui, la survie, il en connait un rayon et que si il avait pu s'éviter tout cette usine à gaz (souvenez vous qu'il fait sa photosynthèse de nuit) pour prospérer en conditions extrêmes, il aurait sauter sur l'occas. Il est surtout ébahi par notre capacité à avoir dézingué les ressources de notre planète en 200 ans après 23 millions d'années d'évolution de notre espèce. Tout ça pour ça.
Nous sommes la plante en pot, un peu chétive, racines noires, feuilles poussiéreuses et sujette aux brûlures. Nous poussons hors-sol, coupés de nos racines et de notre bon sens, alors que nous devrions être plus connectés que jamais grâce à la technologie, et au formidable tissu de connectiques dans lequel nous sommes coincés comme une mouche dans une toile d'araignée.
Mais mauvaise pioche, ces réseaux ne sont pas organiques.
Car là où les arbres communiquent via des réseaux mycorhiziens — des connexions souterraines avec les champignons en échangeant des nutriments, des signaux, des alertes et en bâtissant un système vivant qui relie, nourrit et soutient, nous, on échange des "dick pic" et des "memes" en gaspillant toujours plus d'énergie pour toujours moins de contenu et de lien.
Les réseaux informent certes, mais que nourrissent ils en dehors de nos névroses ? La connexion numérique ne remplace pas la Présence à soi et aux autres. Elle ne transmet ni chaleur, ni odeur, ni silence partagé.
Arrêtons nous pourtant une seconde dans tout ce fatras dopaminergique turgescent pour observer le cas particulier du cactus, que Super Nopal nous invite à étudier.
D'abord constatons une chose qui le distingue du reste du monde végétal: contrairement aux grands arbres forestiers, les cactus ont un système racinaire plutôt superficiel et étalé.
Ils captent rapidement l’eau rare.
Ils ne construisent pas de vastes réseaux souterrains interconnectés comme les forêts tempérées.
Bingo, leur stratégie n’est pas la coopération massive: C’est l’autonomie.
Le cactus ne dépend pas d’un réseau complexe mais de sa capacité à résister. Dans notre monde actuel, profondément instable, climatiquement et socialement, la solution n’est ni la dépendance totale… ni l’individualisme radical mais plutôt le développement, ou la redécouverte des compétences nécessaires pour retrouver un fonctionnement durable: Humilité, résilience et résistance nous permettrons peut-être de sortir de l'infantilisation et de retrouver notre souveraineté personnelle afin de recréer des liens réels, de l'entraide et de former des microsystèmes humains soutenables. Car autonomie ne veut pas dire solitude, ça veut dire capacité à tenir debout, pour mieux choisir avec qui marcher, à l'image d'une colonie de Lophophora sous un arbuste du désert où chaque plante stocke sa propre eau, mais aucune ne pousse totalement à découvert.
Peut-être que notre défi n’est pas de devenir indépendants de tout.
Mais de redevenir solides… ensemble. Le pot n’est pas le problème. L’oubli l’est.
Dans cette optique , un cactus en pot, n’est pas un aboutissement, c’est un rappel. Un fragment de désert qui entre dans la maison pour dire :
“Tu viens d’un monde plus vaste.” Alors, le pot peut devenir un symbole de transition.
On commence en pot. On finit dehors. Ou on garde le pot… mais en conscience. Si nous sommes devenus des humains d’intérieur, alors un cactus dans un salon n’est pas un symbole de domination. C’est un rappel silencieux qui oblige à regarder le soleil différemment, à observer l’eau, à ralentir l’arrosage. "Super Nopal" ne croit pas aux plantes d’intérieur. Il croit aux plantes vivantes. Certaines vivent dehors, certaines s’adaptent dedans, mais aucune n’a été conçue pour un salon. Et c’est précisément pour ça qu’on les respecte. Le cactus en pot devient alors un manifeste :
On peut vivre avec peu.
On peut stocker.
On peut résister.
On peut s’adapter.
La cohérence n’est pas de refuser le pot.
La cohérence, c’est de refuser l’illusion.
"Super Nopal" lève le voile et vous invite à regarder la vie les yeux grands ouverts. Alors, pilule bleu ou pilule rouge?
3 cactus-3 stratégies pour regarder l'illusion en conscience:
Opuntia Ficus Indica ou La stratégie de l’adaptation.
Comestible.
Résistant.
Productif.
Il transforme un climat dur en opportunité.
Il pousse là où d’autres abandonnent.
Sa leçon :
S’adapter au réel.
Accepter le climat tel qu’il est.
Transformer la contrainte en force.
Figuier de Barbarie (Opuntia) - Fruits Comestibles & Résistant au Gel | Atypic Cactus

Echinocactus Grussonii ou la stratégie de la protection.
Coussin de Belle Mère (Echinocactus Grusonii) - Taille XXL & Petit | Atypic Cactus
Compact.
Dense.
Armé.
Il ne fuit pas l’environnement.
Il se structure pour y faire face.
Sa leçon:
Poser des limites.
Renforcer sa structure intérieure.
Ne pas tout laisser entrer.

Cereus Peruvianus Monstruosus ou la stratégie de l'élévation
Cereus Peruvianus Monstruosus - Cactus | Atypic Cactus
Il ne cherche pas la ligne parfaite.
Il ne pousse pas selon les standards.
Il se développe de manière imprévisible.
Il est “monstrueux” au sens originel :
il montre.
Sa leçon:
Oser sortir du moule.
Grandir hors des normes.
Transformer la différence en signature.

Juliette Bouchet
